190J Fonds Beurier

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Cote/Cotes extrêmes

190J1-6

Date

1905-1992

Organisme responsable de l'accès intellectuel

Archives départementales du Doubs

Importance matérielle

0,5 ml

Origine

Le fonds est constitué d'un corpus de témoignages collectés par Joëlle BEURIER dans le cadre de la réalisation de son mémoire de maitrise d'histoire contemporaine intitulé La mémoire des Lip, sous la direction de Lucette LE VAN-LEMESLE et Antoine PROST, Paris, Université de Paris I, 1992, 202 pages et annexes. Ce mémoire est consultable aux Archives départementales du Doubs.

Biographie ou Histoire

L'enquête orale conduite par Joëlle BEURIER avait pour objectif de collecter les souvenirs de cette affaire afin de mettre en lumière la structuration de la mémoire des Lip sur ce qui fut le plus long conflit social de l'histoire de France, d'avril 1973 à mars 1981. L'affaire Lip s'articule en fait autour de deux conflits. Le premier commence le 17 avril 1973 et se termine en 1974 avec la signature des accords de Dole (29 janvier), la reprise de l'entreprise par une entité appelée la Compagnie européenne d'horlogerie (CEH), dirigée par Claude NEUSCHWANDER, et la réembauche progressive de lensemble des ouvriers. Le second conflit Lip débute avec le dépôt de bilan de la Compagnie européenne d'horlogerie le 13 avril 1976. Grâce à la législation issue du conflit de 1973, les salariés de chez Lip, victimes de licenciement économique, peuvent toucher 90% de leur salaire pendant un an, le temps qu'ils cherchent un nouvel emploi. Mais avec l'arrivée de la fin de cette indemnité chômage à l'été 1977, voyant qu'aucun patron ne se manifeste pour reprendre l'entreprise et que l'État ne souhaite pas investir dans Lip pour en faire un centre d'innovation technologique, l'assemblée générale vote pour la mise en place d'une coopérative en novembre 1977. Sept structures sont nées du processus de création collective d'emploi des Lip, cinq coopératives : SCOP Les Industries de Palente (LIP), SCOP des Commissions artisanales de Palente (CAP), SCOP « La Liliputienne », SCOP Service, conseils, études industrielles, promotions (SCEIP), SCOP « Au chemin de Palente » ; et deux associations : Collectif de liaison, étude et formation (CLEF) et l'Association des Amis de Lip. On peut ajouter à cela l'entreprise Statice, fondée par d'anciens Lip.
C'est une période d'incertitude et de négociations car, pour que le statut légal de la première coopérative (SCOP LIP) soit reconnu, celle-ci doit faire approuver par l'État un plan de développement. La SCOP LIP se voit donc dans l'obligation d'accepter les conditions fixées par l'État : désignation d'un directeur venu de l'extérieur, départ de l'usine de Palente, impossibilité d'embaucher d'emblée tous les travailleurs. Cette dernière contrainte conduit à la publication de trois listes précisant le statut des différents emplois dans la coopérative : les 160 à 170 personnes figurant sur la liste A seraient embauchées dès la première année, les 90-100 de la liste B travailleraient dans les différents secteurs d'activité qui s'étaient développés à côté de l'usine de Palente ; les 108 personnes de la liste C, auxquelles aucune activité spécifique n'était attribué la première année,  ne bénéficiait que d'une hypothétique promesse d'embauche à terme. La SCOP LIP est définitivement approuvée en juin 1980 et quitte l'usine de Palente pour le site du 4 chemin des Montarmots en mars 1981. Le 17 mars 1981 a lieu la dernière assemblée générale des Lip dans le restaurant de l'entreprise. Enfin, la société Lip Précisions Industrie (SA) est créée à la suite de la mise en liquidation de la SCOP LIP en 1987. Ce projet a été porté par la CFDT-Lip appuyé par la branche départementale de la CFDT. Elle comptait environ 70 salariés à sa création, et a déposé le bilan en 1999. Les salariés ont alors mis en commun leurs indemnités de licenciement pour monter une coopérative ouvrière, au départ dirigée par Jacky BURTZ. Celle-ci a quitté le chemin des Montarmots pour retourner sur le site qui avait été celui du restaurant dans l'usine de Palente. Elle existe toujours aujourd'hui.
Les récits oraux couvrent les trois grandes périodes de l'histoire de ce conflit, distinguées selon le découpage traditionnel : « l'occupation autogestionnaire, la nouvelle gestion et sa fin, la création des six coopératives ouvrières » après 1976 (FRIDENSON Patrick, « Préface » in REID Donald, L'Affaire Lip, 2014, p. 9). Mais les témoignages enjambent très largement ces bornes chronologiques pour évoquer l'entreprise Lip avant le conflit (conditions de travail, personnel, rapports avec la direction, les syndicats, les luttes qui ont précédé le conflit, etc.) et surtout, raconter l'histoire des coopératives et le parcours des témoins jusqu'au moment de l'interview :
 
« [&] l'aventure Lip, telle que la mémoire la présente, ne débute ni ne s'achève dans les limites imposées par les conflits. Elle prend sa source dans un avant-Lip très spécial et s'achève dans un après Lip également particulier, que les souvenirs évoquent abondamment ». BEURIER Joëlle, La mémoire des Lip, 1992, p. 5.
 
37 témoignages ont été enregistrés par Joëlle BEURIER (donnés par 13 femmes et 24 hommes), mais son étude porte seulement sur 29 d'entre eux. En effet, son projet de départ englobait « [&] le champ de la mémoire régionale, nationale et internationale » (p. 4). Mais ce champ d'étude s'est avéré bien vite trop vaste au regard de la pratique très chronophage de l'interview. Elle a donc choisi de recentrer son travail sur « le groupe des Lip ». Cependant, 8 témoignages de personnes se trouvant hors du conflit avaient déjà été enregistrés avant ce changement de problématique : ceux de Roger GAUTHIER, Reine JEANNINGROS, Gérard JUSSIAUX, Fred LIP, Pierre MESMER, Claude NEUSCHWANDER, Joseph PINARD et André VAGNERON.
 
Le corpus étudié par Joëlle BEURIER se compose de 12 femmes et 17 hommes, tous d'anciens Lip : Françoise BOUCHATON, Henri BRENIAUX, Jacqueline BUFFET, Jacky BURTZ, Alice CARPENA, Noëlle DARTEVELLE, Fatima DEMOUGEOT, Françoise DROMART, Michel DROUX, Jean-Claude ÉMONIN, Michel GARCIN, Jacques GARDET, Georges JOLIVET, Hélène LIEDLINGER, Claude MERCET, Charles NALY, Andrée PERRIAU, Jean PERRIAU, Raoul PETITJEAN, Charles PIAGET, Georgette PLANTIN, Jeanine PIERRE-ÉMILE, Monique PITON, Jean RAGUÈNES, Louis SOULET, Michel SOITOUT, Alain SPRINGAUX, Denise TOURNIER, Roland VITTOT. Une notice biographique de certains des témoins est disponible sur le site internet du dictionnaire « Le Maitron » (https://maitron.fr/).
Les individus interrogés ont entre 21 et 53 ans et comptent de 1 à 27 ans d'ancienneté au moment de leur intervention dans l'un des deux conflits. 23 d'entre eux sont identifiés comme ayant appartenu à un syndicat : 19 à la CFDT, 4 à la CGT, 1 à FO et 1 à la CGC. Il y a un décalage dans les effectifs car deux personnes ont appartenu à la CGT avant de rejoindre la CFDT : Jacky BURTZ et Hélène LIEDLINGER. Ces derniers sont également membres du comité d'action, tout comme Jacqueline BUFFET, Fatima DEMOUGEOT, Monique PITON et Jean RAGUÈNES. Les témoins appartiennent au secteur de la mécanique (12), de l'horlogerie (9), de l'administration (7) et de la recherche (1).
Parmi les témoins, plusieurs ont travaillé dans les sociétés et structures nées à la fin du second conflit : treize d'entre eux dans la SCOP LIP, première et principale coopérative, qui reprend les activités d'horlogerie et de mécanique, créée en janvier 1978 ; quatre au Collectif de liaison, étude et formation (action culturelle et gestion de gîtes de vacance, association dissoute en 1998) ; deux dans la SCOP CAP (travail du tissu, du bois et fabrication d'assiettes décorées de 1979 à 1989) ; une à la SCOP « Au chemin de Palente » (restaurant de 1980 à 1985) ; un à la Statice, société fondée en 1978, qui travaille aujourd'hui dans le domaine des microtechniques et des biomatériaux. Roland VITTOT a appartenu à deux structures puisqu'il a quitté la SCOP LIP pour le CLEF en 1983. Par ailleurs, Fatima DEMOUGEOT, si elle n'a pas travaillé dans la SCOP d'imprimerie « La Liliputienne » (1981-1994), évoque dans son témoignage le conflit qui s'y est déroulé. Parmi les entités nées à la suite du second conflit dont l'existence n'est pas abordée par les témoins, figure la SCEIP, entreprise créée en 1977 et transformée en coopérative en 1980, ayant compté jusqu'à 20 salariés à ses débuts. Elle avait pour but d'apporter conseils et expertise en microtechnique et en micromécanique aux pays en voie de développement, avant de se tourner vers les entreprises françaises.
Sur les 29 personnes qui composent l'échantillon, une a quitté le conflit en avril 1976, sept entre mai 1976 et 1978, deux entre 1979 et 1980, dix après 1980. Dix témoins demeurent encore au moment des entretiens, réalisés pour la plupart dans le premier trimestre de l'année 1992, employés dans des structures nées dans le sillage du deuxième conflit : deux au CLEF et huit à Lip-Précisions.
Les témoignages ont été enregistrés sur des cassettes audio à partir d'un magnétophone. On trouve une à quatre cassettes par témoin suivant la longueur des interviews et la capacité d'enregistrement du support (60 ou 90 minutes). Mais les possibilités techniques de l'époque ainsi que les conditions d'enregistrement rendent la qualité d'écoute souvent médiocre. Toutefois, les 29 témoignages étudiés par Joëlle BEURIER ont tous fait l'objet d'une transcription. Celle-ci permet un accès plus aisé aux témoignages, d'autant que dans son mémoire, Joëlle BEURIER renvoie à la pagination des transcriptions afin de faciliter le travail des chercheurs.
Les cassettes des 8 interviews qui n'ont pas été transcrites ont été numérisées. En effet, les supports magnétiques audio ne sont pas suffisamment pérennes pour en assurer la conservation sur le long terme. Le travail de numérisation a d'ailleurs été très difficile car les bandes, support très fragile, s'étaient dégradées au fil du temps et en raison de leurs mauvaises conditions de conservation (stockage dans un grenier). La qualité sonore des fichiers audio numériques est par conséquent médiocre. La lecture de ces supports a été rendue possible grâce aux matériels prêtés aux Archives départementales par Radio BIP (Bisontine, indépendante et populaire). Malgré ces précautions, les bandes des entretiens de Reine JEANNINGROS et Pierre MESMER se sont rompues au moment de leur numérisation. Il est néanmoins possible de combler une partie de ces lacunes en consultant les notes prises par Joëlle BEURIER dans son cahier de travail au cours de leurs entretiens.
Il a en revanche été fait le choix de ne pas numériser les entretiens pour lesquels nous disposions de transcriptions complètes, ce qui est le cas pour 25 des 29 témoignages du groupe des anciens Lip. Or, les transcriptions des interviews de Fatima DEMOUGEOT, Françoise DROMART, Raoul PETITJEAN et d'Alain SPRINGAUX se sont révélées lacunaires. Malheureusement, les bandes des entretiens de Fatima DEMOUGEOT et d'Alain SPRINGAUX sont elles aussi dépareillées et présentent des lacunes plus importantes que les transcriptions. De plus, la bande du témoignage de Raoul PETITJEAN s'est rompue au moment de sa numérisation. Ces trois témoignages demeureront donc malheureusement fragmentaires. Il est néanmoins possible de remédier en partie à cette lacune en consultant les notes prises par Joëlle BEURIER dans son cahier de travail. En revanche, les deux cassettes des entretiens de Françoise DROMART ont été numérisées. Il est à noter que les cassettes, même si elles ont été numérisées ou les témoignages, transcrits, n'ont pas été détruites.
Les entretiens ont été menés suivant la méthode semi-directive, soit une première partie qui correspond à une forme d'entretien libre laissant à la personne le soin de se raconter, puis dans un second temps, un entretien directif autour de thèmes puis de questions plus précises. La grille d'entretien élaborée par Joëlle BEURIER a évolué au fur et à mesure de la réalisation des entretiens. Certaines transcriptions comportent en effet des notes manuscrites, souvent ajoutées à la fin, qui correspondent à des thématiques apparues au fil de la conduite ou de la transcription des entretiens, tels que : la démocratie, le poids de la religion dans le conflit (pratique religieuse du témoin, influence de la religion catholique dans le conflit, culture catholique des leaders du conflit), le regard sur les leaders de la lutte, les femmes pendant le conflit, la poursuite d'un engagement politique et syndical après le conflit, les répercussions du conflit sur la famille et la santé. La chercheuse applique de fait ces nouvelles perspectives de recherche aux entretiens déjà réalisés sans pour autant réinterroger les témoins. Ces entretiens dactylographiés comportent par ailleurs de nombreuses notes manuscrites qui laissent entrevoir le travail de cette chercheuse : corrections orthographiques, informations en en-tête sur l'identité des témoins (âge, poste, ancienneté chez Lip et appartenance syndicale en 1973) et les traits saillants de l'entretien. Concernant ce dernier point, il sera intéressant de consulter le cahier de travail de Joëlle BEURRIER, constitué de notes préparatoires ou prises au cours de l'interview.

Modalités d'entrées

Les cassettes et transcriptions ont été données par Joëlle BEURIER aux Archives départementales en février 2022.  

Conditions d'accès

La chercheuse n'a pas fait signer de contrat de cession de droits aux témoins au moment de la collecte. En l'absence de tout document encadrant leur communication, ces témoignages ne seront donc librement communicables que 50 ans après la date des interviews. Toutefois, en raison de l'intérêt du fonds pour l'histoire du conflit Lip, elles pourront être communiquées avant cette date dans la salle de lecture des Archives départementales sur autorisation de la directrice des Archives départementales, après signature d'un engagement de réserve.

Documents en relation

Voir état des fonds Lip sur le site des Archives départementales du Doubs.

Bibliographie

BONDU Dominique, « Lip, dix ans après », in : Autogestions n°14, 1983, pp. 83-96.
CASSOU Saoura, Lip, la construction d'un mythe, mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine sous la direction de Jean-Louis ROBERT et Frank GEORGI, Paris, Université Paris 1, 2002, 250 p.
CROS Lucie, Les ouvrières et le mouvement social : retour sur la portée subversive des luttes de chez Lip à l'épreuve du genre, thèse de doctorat en sociologie, Université Bourgogne-Franche-Comté, 2018.
CUENOT Claude, Ouvriers et mouvements ouvriers dans le Doubs de la Première Guerre mondiale au début des années 1950, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2020, 529 p.
GOURGUES Guillaume, UBBIALI Georges, Lip Unité (1973-1974). Écrire en luttant : les ouvrieres de Lip et leur journal, Paris, Syllepses, collection, « Les Utopiques », 2023, 246 p.
NEUSCHWANDER Claude, GOURGUES Guillaume, Pourquoi ont-ils tué Lip ? De la victoire ouvrière au tournant néolibéral, Paris, Raisons d'agir, 2018, 384 p.
PIAGET Charles, On fabrique, on vend, on se paie : Lip 1973, Paris, Syllepse, collection « Coup pour coup », 2021, 80 p.
PITON Monique, C'est possible ! Une femme au cœur de la lutte de Lip (1973-1974), Paris, L'Échappée, collection « Dans le feu de l'action », 2015 (1ere édition en 1975), 384 p.
RAGUÉNÈS Jean, De Mai 68 à LIP. Un dominicain au cœur des luttes, Paris, Karthala, collection Signes des Temps, 2008, 290 p.
REID Donald, L'affaire Lip 1968-1981, Rennes, Presses universitaires de Rennes, collection Histoire, 2020, 537 p.
 
Ressources audiovisuelles
À voix nue (Cinq entretiens avec Charles Piaget), France Culture, 2011
BERTINI Aurélien, Lip, Le dehors et le dedans, une balade sonore proposée par Radio Campus, 2018
DUBOSC Dominique, Non au démantèlement ! Non aux licenciements !, Besançon, Commission popularisation des travailleurs de Lip, 1973
DUBOSC Dominique, Lip ou le goût du collectif, Paris, INA, 1976
FAVERJON Thomas, Fils de Lip, Paris, TS Productions, 2007
MARKER Chris, Lip, puisqu'on vous dit que c'est possible, CREPAC/Scopcolor, 1973
Rouaud Christian, Les Lip. L'Imagination au pouvoir, Paris, Les Films d'ici, 2007.
Roussopoulos Carole, La Marche de Besançon, Vidéo Out, 1973.
Roussopoulos Carole, Monique, Vidéo Out 1973.
Roussopoulos Carole, Jacqueline et Marcel, Vidéo Out, 1976.
Roussopoulos Carole, Monique et Christiane, Vidéo Out, 1976.

Notes

Cet inventaire est moissonné selon le protocole OAI-PMH par les Archives de France pour le portail francearchives.fr

Acteurs extérieurs au groupe des Lip

Cote/Cotes extrêmes

190J3

Date

1905-1992

Présentation du contenu

Fichiers audio numérisés.

Roger GAUTHIER, Reine JEANNINGROS, Gérard JUSSIAUX, Fred LIP, Pierre MESMER, Claude NEUSCHWANDER, Joseph PINARD, André VAGNERON

Conditions d'accès

Cet article est consultable uniquement en salle de lecture.
Les bandes des entretiens de Reine JEANNINGROS et Pierre MESMER se sont rompues au moment de leur numérisation. Le premier est manquant, le second lacunaire. Il n’existe pas de transcription de ces témoignages mais il est possible de consulter les notes prises au cours de leurs entretiens par Joëlle BEURIER dans son cahier de travail conservé sous la cote 190J4.